alchimie & mystique  - 170 -


Le Breton

Les Clefs de la Philosophie Spagyrique (1722)


Le Breton s’est soucié de composer une axiomatique destinée à venir en aide aux chercheurs en leur proposant une suite de définitions.
Il est peu d’exemples dans les textes hermétiques classiques d’une tentative de ce genre. Elle suppose en effet non seulement d’immenses lectures comparées mais aussi des certitudes expérimentales capables d’éclairer les points obscurs d’une doctrine mystérieuse entre toutes.
(Alleau)


Le secret métallique est commencé par la nature, & s’achève par l’art.

L’art par les opérations physiques amène son sujet à une pureté parfaite, & non pas la nature.

Il se trouve un certain minéral, qui contient quantité de pur mercure & de pur soufre, & dont la préparation n’est pas même difficile à un bon Artiste.

Les deux racines ne sont qu’une même chose en substance.

La Calcination imparfaite est de deux sortes, l’une est douce, & se fait avec digestion ; l’autre est violente & sans digestion.

Ainsi le Ciel & la Terre sont conjoints ; l’eau est tirée des rayons du Soleil & de la Lune, & l’esprit du monde est rendu minéral.

Le magnétisme des esprits minéraux, qui est faible & languissant tandis que les parties qui les embarrassent sont impures & mal assorties, devient fort & vigoureux à proportion que les excréments se séparent par la coction, & que les parties se conforment & s’homogènent.

L’Artiste réveille & fortifie ce petit feu minéral qui était suffoqué dans le corps grossier ; il le dépouille des impuretés sulfureuses combustibles, des terrestréités incapables de coction ; il nettoie & lave le corps pur, il lui donne à boire une liqueur de sa nature, & à manger une viande de sa substance ; il multiplie cet esprit & ce feu naturel par un esprit & un feu semblables. Enfin il assemble & réunit les principes de la vie du règne minéral, & arrive au point de la fixation de la pierre physique, laquelle ensuite vivifie tout corps mixte naturel.

La pratique de l’élixir minéral consiste dans la séparation du fixe & du volatil, dans la purgation de ces deux substances, & leur nouvelle union, plus parfaite que celle que la nature leur avait donnée.

La sublimation ne se peut faire avant que toutes les purifications précédentes aient été faites, parce que le corps & l’esprit ne se peut unir sans être purs.

L’élixir n’est autre chose que l’humide radical composé des deux racines, fixe & volatile, bien unies & fixées.

La multiplication n’est autre chose que l’augmentation du corps & de sa vertu, en lui donnant une nouvelle coction, & réitérant par conséquent toutes les opérations précédentes.

La multiplication se fait toujours d’autant plus promptement, qu’elle est souvent répétée ; parce que les esprits ignés qui achèvent & perfectionnent l’œuvre, sont toujours augmentés par l’addition du volatil, tant en quantité qu’en vertu.

(Le Breton)