Descartes et Pascal
Le philosophe et le mystique
En septembre 1647, Descartes, de passage à Paris, rend visite à Pascal.
Tous les deux se passionnent pour les sciences et les mathématiques.
Tous les deux sont sincèrement chrétiens.
Et pourtant...
Entre Descartes et Pascal, il n’y a aucune affinité, bien que leurs
entretiens ne roulent que sur des sujets scientifiques.
Le premier, malgré ses cinquante ans, est un homme en pleine santé, qui
voit dans cette santé « le fondement de tous les autres biens de cette
vie ».
Le second, qui a vingt-quatre ans, est déjà un homme malade, qui est
persuadé que la souffrance est l’état naturel du chrétien, le moyen de
sa sanctification.
Descartes pense que l’homme est essentiellement sain, et capable de
s’élever par le bon usage de sa raison jusqu’à Dieu.
Pascal, qui tâte déjà du jansénisme, pense au contraire que l’homme est
naturellement corrompu, que seul compte le sacrifice de la Croix, qui le
rachète de ses fautes.
Surtout, Descartes est l’homme du discours, de la pensée logique, du
langage, du logos.
Pascal est l’homme de la prière, du silence et du cri. Pascal préfigure
Rimbaud et Nietzsche, c’est un passionné sur qui la raison n’a pas de
prise. Il se détournera de la science et du monde, offrant ses maladies,
sa souffrance à Dieu.
Descartes est l’homme de l’orgueil et de la sagesse, de l’affirmation
passionnée du pouvoir de l’homme, de la croyance qu’on peut atteindre
aux vérités éternelles par le simple usage de la raison.
Descartes croit à l’exaltation de l’homme, Pascal à son anéantissement.
Pour Descartes, les mathématiques conduisent à Dieu, pour Pascal elles
l’en détournent comme autant de vanités.
Le salut pour Descartes passe par la connaissance, par cet effort que
fait l’homme pour s’arracher à l’ignorance, aux mauvais démons du
mensonge et de l’illusion .
Pour Pascal le monde est mauvais, et vouloir se l’approprier est un
sacrilège.
Pascal s’enferme dans une chambre, la face contre terre devant son
Créateur. Descartes parcourt le monde dont il s’enivre des splendeurs,
goûtant à tout, n’ayant pas peur de pécher.
Pour Pascal il s’agit de s’anéantir, pour Descartes de chanter l’orgueil
de l’homme, sa fierté de vivre. Eritis sicut dei, proclame
Descartes.
(Alexandre Astruc)
Le titre complet des Méditations métaphysiques de Descartes indique :
Les Méditations métaphysiques touchant la première philosophie dans lesquelles l’existence de Dieu et la distinction réelle entre l’âme et le corps de l’homme sont démontrées.
Comme l’annonce le titre de l’ouvrage, il s’agit de démontrer
l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme.
Descartes soutiendra toujours qu’il s’agit là des deux vérités dont il
faut garder le souvenir pour bien vivre.
Descartes s’efforce de montrer que sa métaphysique permet par la raison
naturelle de rejoindre les conclusions théologiques sur l’existence de
Dieu et l’immortalité de l’âme.
La démonstration de ces deux vérités relève de la philosophie,
tandis que la théologie ne les propose que comme objets de
foi.
(Jean-Robert Armogathe)
